Alceste

Florent Naud

Hier soir, j’ai ouvert le petit endroit où se cache Alceste.

Une odeur forte, aigrelette, presque chaude — si tant est qu’on puisse donner une température aux odeurs — a envahi mes narines. Un sourire en coin, j’ai observé Alceste. Couché au fond, il semblait tout flasque et je ne doutais pas un seul instant que l’effluve vînt de lui.

Armé d’une vieille cuillère en bois toute cabossée, je lui ai fait avaler une mixture insipide composée de farine et d’eau tiède. Il n’a pas bronché et n’avait pas intérêt : le confinement nous affecte tous, inutile de faire la fine bouche.

Je sais, ça va bientôt faire six jours qu’il est enfermé là-dedans. Je me demande si ce n’est pas trop exigu. Je lui ai mis un élastique autour de la taille pour contrôler son volume : il a un peu tendance à faire le yo-yo.

Ce matin, Alceste a indéniablement et sans le moindre doute possible grossi. Il bulle dans son coin, comme si de rien n’était.

Parfait, je vais enfin pouvoir me faire cette bonne boule de pain dont je rêve depuis le début de l’épidémie carcérale (ou de la prison épidémique, je ne sais plus). J’ai aussi gardé au frigo quelques-unes de ses déjections ; j’en ferai des crumpets au petit déjeuner.

Bon c’est pas tout ça, mais je vais déjà manquer de farine moi, vivement la sortie hebdomadaire ! Et si on me dit que la farine T65 n’est pas de première nécessité, je répliquerai que la vie d’Alceste en dépend.

C’est que ça graille, un levain pas malade.

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