Coronavictus

Justbe

     – Coucou Justine.
     – Salut Noah.

Du haut de mon balcon je vois mon petit voisin jouer, en contrebas dans son jardin, il roule, court,  m’interpelle… tous les jours quand je pointe le bout de mon nez. Coucou Justine, Salut Noah. Ça va ? Ça va… Et la vie continue.

Une voix vient de l’intérieur, parvient à mon oreille :
     – T’es branchée ?
     – Ca dépend des jours…
     – Mais non t’es connectée ?
     – Pas tout le temps mais j’essaie…
     – T vraiment grave, là je capte plus rien…
     – Ben je sais pas… change de fréquence.
     – Ca fait une heure que j’essaie, je dois faire mes devoirs, ma classe virtuelle, Instagram, Snapchat, Youtube… CA BUG

L’autre voix:

     – J’arrive pas à télécharger SAS.
     – Peut-être que le confinement, avec la saturation de l’air, les émissions de CO2 dans l’espace vital, ça ralentit le réseau ?

Mon regard s’aventure vers la fenêtre. Noah est allongé par terre et semble compter les nuages qui passent, soudain il prend un bâton et transperce victorieusement l’air.

Mon mari, silencieux, les yeux globuleux rivés sur l’ordi, est en extraction terrestre.

La voix à l’intérieur retentit.

     – Tu vois là, maman, tu me pourris mon coronavirus. T’es hypoconnectée au monde.

LE SILENCE

Je tousse, retousse, une toux banale.

     – C cool maman a enfin capté quelque chose, un virus je crois…

Les voix rient. Les éboueurs passent.

Dehors j’entends leurs voix qui résonnent, ils prennent leur ballon, l’envoient dans les aires, sautent, l’interceptent, plaquent le vent et défient le temps.

La voix de l’autre côté du mur, traverse la rue:

     – Coucou Louy, coucou Merry.
     – Coucou Noah.

Le silence sourit.

Je suis devant mon ordi, la connexion a repris.

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