Fragments de Coimbra (11)

Fabrice Schurmans

dans un quadrilatère d’immeubles de huit étages

31/3 –    Le contexte offre de multiples preuves de la capacité d’empathie de l’espèce humaine. Au hasard des entrefilets, une femme à Barcelone qui prête son appartement à des sans-abris, une autre à Bruxelles assemblant des masques pour le personnel soignant, des anonymes à Coimbra et à Nice apportant leurs courses aux personnes fragilisées. Cependant, l’homo demens n’est jamais très loin de l’homo sapiens. Ainsi en Andalousie, les habitants de La Línea de la Concepción ont reçu à coups de pierres un groupe de vieillards évacués d’une commune voisine en raison d’une contamination de leur résidence. Dans cette ville frontière de Gibraltar, rongée par le chômage et le trafic de haschisch, les méthodes paraissent expéditives. Le confinement n’y a pas la même signification qu’ailleurs dans le pays. Le SRAS-CoV2 empêchant les petites frappes de travailler, celles-ci ne lésinent pas. Une voiture en travers de la route avec deux hommes de 32 et 25 ans à bord pour empêcher les ambulances de passer. Des engins explosifs de faible puissance jetés pendant la nuit contre le bâtiment hébergeant les réfugiés sanitaires. Un début d’incendie. La violence inhérente au commerce illicite s’applique ici à d’autres domaines du quotidien. Selon le maire, le souci viendrait d’une mauvaise communication de la part des autorités. Parfois la peur, l’ignorance et la mauvaise foi font plus de dégâts que le virus lui-même. Sauf à Línea de la Concepción où les sicaires n’ont peur de rien et n’ignorent pas les conséquences d’une quarantaine pour leurs affaires. L’édile a peut-être raison. Ils ne partagent pas la même langue que la petite dame de Barcelone accueillant des clochards.

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