Fragments de Coimbra (13)

Fabrice Schurmans

dans un quadrilatère d’immeubles de huit étages

3/4– Certains étudiants portugais et étrangers vivent confinés dans les Républiques, un logement communautaire propre à Coimbra. Une communauté où le partage est la règle de base, la démocratie participative une pratique quotidienne, la solidarité le principe éthique guidant les résidents. Ceux-ci profitent de l’isolement pour retaper la maison (de l’extérieur quelques-unes font pâle figure), organiser la bibliothèque, les archives photographiques narrant des dizaines d’années de cohabitation. Certains rêvent l’utopie. D’autres la vivent. Ici, la convivialité sort du Larousse pour déterminer un rapport alternatif aux autres, à la propriété. « Capacité d’une société à favoriser la tolérance et les échanges réciproques des personnes et des groupes qui la composent. » La République des Kágados a presqu’un siècle. Comme ses homologues, elle est menacée par l’appétit de propriétaires tentés de s’enrichir grâce à la flambée des prix de l’immobilier. On imagine la somme d’expériences, de récits, de biographies, accumulée en son sein. Une somme qui pourrait inspirer les étudiants d’autres villes universitaires européennes. Partout, la presse rapporte des vies brisées, appauvries par le manque de bourses, la hausse des droits d’inscription, le sous-financement de l’enseignement supérieur. Car les crises, nos crises, serviront également à ceci : susciter une autre manière de vivre, fondée sur des pratiques peu connues, mais ayant fait leurs preuves. Ces jeunes Portugais, Italiens, Allemands, Indiens traversent l’épreuve ensemble, privilégiant le nous au je. Ce nous-là résistera sans doute au SRAS-CoV2. Résistera-t-il au virus de la spéculation immobilière et de l’esprit de lucre ?

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