Fragments de Coimbra (22)

Fabrice Schurmans

dans un quadrilatère d’immeubles de huit étages

28/4 – La Covid-19 touche tout le monde, mais pas de la même façon. Un peu partout en Europe, des témoignages concordants rapportent des situations préoccupantes dans les résidences et maisons médicalisées pour personnes âgées. Si certaines jouent carte sur table, d’autres préfèrent l’omerta. Ainsi dans une ville du nord du Portugal, la Résidence du Commerce mise sur la stratégie du silence et de la porte close pour éviter le scandale. Les informations filtrent malgré tout : des personnes contaminées côtoient des personnes saines, pénurie de matériel de protection pour les employés. Les premières semaines de confinement, on y a travaillé sans filet. Des tests ? Quelques-uns. Les résultats ? Au frigo. La conclusion d’une inspection de l’autorité compétente fait froid dans le dos. Elle évoque une bombe à retardement. Les travailleurs ont peur, ils ne veulent pas perdre leur gagne-pain. Pas question de parler avec la presse. Sous couvert de l’anonymat, on évoque des menaces de procès. Les familles des résident.e.s attendent de l’autre côté du mur. Personne ne répond plus au téléphone. L’inquiétude gagne. Les esprits s’exaltent. « Si ça se trouve, ma mère est morte ! » Au Portugal, les gens ne sont pas tous égaux devant la vieillesse, le confinement et la bestiole. Si le monde rural échappe à la pandémie, les villes constituent des foyers de choix. Et à l’intérieur de celles-ci, le capital fera encore la différence entre les résidences. On retrouve des situations similaires en Belgique, en Espagne et en France. Dès le départ, les MRS n’ont pas fait l’objet de la meilleure attention. Pas ou peu de tests disponibles pour le personnel (alors que l’ensemble devrait être testé tous les quinze jours selon les recommandations en vigueur), manque de masques, de gants, de surblouses. Quant aux vieillards… Ce monde-là nous tend un miroir. Nous nous y refléterons un jour. À partir de quand un être humain est-il tenu pour quantité négligeable ? Après 65 ans, 70, 75 ? Le confinement en résidence tient de l’incarcération. 23h45 sur 24 dans une chambre. À quelques minutes près, c’est exactement ce que vivent les prisonniers. Le confinement-enfermement crée les conditions idéales pour le développement du syndrome de glissement. En termes simples : celui/celle qui en est atteint se laisse dépérir. Le statut d’être humain ni la dignité ne se perdent avec l’âge alors que l’indignité touche des êtres plus jeunes. Le ministre hollandais des finances en constitue l’illustration. Le niveau éthique d’une société s’estime, dit-on, à la façon dont elle s’occupe de ses prisonniers et de ses fous. On devrait y inclure les vieillards.

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