Fragments de Coimbra (23)

Fabrice Schurmans

dans un quadrilatère d’immeubles de huit étages

30/4 – Ces derniers temps, j’ai l’impression d’évoluer dans un film de Woody Allen. Une comédie absurde des années 1970. Dira-t-on encore dans quelques années que la cigarette nuit gravement à la santé ? Selon une étude publiée dans le New England Journal of Medecine, la proportion de fumeurs parmi les personnes contaminée par le SRAS-CoV2 est faible. En France, sur les 11.000 patients hospitalisés début avril, 8,5% étaient des fumeurs alors que le taux de fumeurs quotidiens y est de 25,4%. Avancé de la sorte, le propos ressemble à un trait d’humour. Cependant, les résultats ne diffèrent guère en Chine, pays de fumeurs invétérés. La nicotine serait impliquée dans l’histoire. Elle se fixe sur le récepteur cellulaire utilisé par la bestiole, l’empêche de proliférer et de ravager nos cellules. Si le ministre français de la Santé en donne l’autorisation, on testera l’efficacité des patchs de nicotine aussi bien en prévention, sur le personnel soignant, qu’en traitement, notamment sur les patients en réanimation. Les chercheurs pensent même que les fumeurs contaminés et internés ne devraient ni arrêter de fumer ni être sevrés. Leur état risquerait de s’aggraver. En fins connaisseurs de la nature humaine, ils rappellent toutefois que la clope, pour la santé, ce n’est pas top. Des fois que les lecteurs distraits se précipiteraient dans les rares magasins disponibles pour ajouter des cartouches aux aliments de première nécessité. J’avance ma propre hypothèse scientifique. Peut-être en va-t-il du tabac comme de la nourriture. Tout dépend de la qualité. S’il en va de la sorte avec le poison vendu par les multinationales, que ne ferait un bon produit bio du terroir ! Après l’hypothèse, assez audacieuse je l’avoue, il y aura la phase de test servant à confirmer, ou non, la pertinence de l’intuition initiale. Le risque prouvé existant, j’attendrai quelques années avant de passer à la pratique. Si j’arrive à 75 ans, je me mets au cigare journalier. Pas n’importe lequel ! Du tabac biologique de la Semois, garanti commerce équitable. Imaginons un instant que la consommation régulière révèle la validité de l’hypothèse. Rien moins qu’un retournement de perspective ! Et un changement de taille sur les paquets. « La cigarette industrielle tue, provoque des maladies cardiaques, des cancers. » Comme nous sommes en pleine période révolutionnaire, je propose de tester aussi la nouvelle communication sur les emballages de malbouffe. « Le hamburger industriel nuit gravement à la santé. » Où suis-je donc en ce moment ? Dans la réalité ou dans un film ?

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