Fragments de Coimbra (8)

Fabrice Schurmans

dans un quadrilatère d’immeubles de huit étages

28/3 –    La guerre permet d’asseoir sa différence par rapport au barbare, de définir un Nous contre un Eux. La guerre est une question de frontières, de cultures, l’une se définissant comme supérieure à l’autre. Rien de cela avec le virus. Público, le journal de référence au Portugal, le décrit de la sorte dans son édition du 24 mars : « Guère plus qu’un paquet de matériel génétique enveloppé dans une coquille de protéine, avec un millième de la largeur d’un cil, il mène une existence similaire à celle d’un zombie, à tel point qu’il est à peine considéré comme un organisme vivant. » Le SRAS-CoV2 n’est donc pas plus ennemi qu’il n’est sournois. Il ne possède aucune conscience des dommages qu’il provoque. Frontières, cultures, résistance, hymnes nationaux, patries ne sont rien pour lui. La bestiole affecte nos vieux, nos pauvres et nos clochards, qu’ils soient espagnols, français, italiens, ravage les camps de réfugiés. Son indifférence nous ramène à notre commune condition. L’humanité souffre à cause de lui dans toutes les langues. Dès lors, nous comprenons que les frontières n’offrent aucune protection, qu’elles touchent au dérisoire, à l’inutile. Le décompte quotidien des morts en Italie ou en Espagne nous touche en tant qu’être humain. Même si nous n’entendons pas la langue de Camilleri ni celle de Montalbán, le regard fatigué des blouses blanches, les dos nus des patients intubés et ventilés, la solitude des vieillards racrapotés dans un fauteuil émeuvent au-delà des Alpes et des Pyrénées. Sauf peut-être le ministre hollandais des Finances. Face au zombie, les nations importent peu. L’enthousiasme qu’elles suscitent ne dure pas beaucoup plus que les 90 minutes d’un match de football. Il faudra signaler la chose à Matteo Salvini ainsi qu’à Santiago Abascal.

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