Tina (1)

Lili G.

Depuis le début du confinement, Tina s’était créé un rituel rien qu’à elle. Elle aimait bien les rituels, elle trouvait qu’ils mettaient un peu de stabilité dans sa vie. Alors, tous les jours à seize heures trente, elle sortait de chez elle. Pas pour faire un footing, non sûrement pas ! Elle n’avait jamais compris cette déviance. Dans son monde à elle, le fait de courir avait quelque chose de noble, de romanesque ; on courait pour fuir, pour s’échapper, pour retrouver un amour secret, pour perdre haleine mais pas pour le plaisir prosaïque de transpirer. Elle ne comprenait pas, la transpiration à ses yeux c’était un désagrément mais sûrement pas une fin en soi. Donc, le footing restait pour elle une aberration, un non-sens… Alors Tina, elle, elle marchait toujours tranquillement et se posait chaque jour sur le banc de la place. C’était devenu son belvédère. De là, elle pouvait s’enivrer du spectacle que lui offrait les habitants de la petite ville dans laquelle elle habitait.

Dès l’arrivée du virus, ce qui n’était avant qu’un minuscule centre-ville anémié, hanté par quelques grabataires fossilisés, était devenu le centre névralgique de la bourgade, le seul endroit où il restait encore des lambeaux de vie. Mais une vie étrange, sans un seul enfant, ils étaient tous cloitrés chez eux à ingurgiter des cours virtuels et indigestes, préparés fébrilement par des enseignants esseulés et déroutés. Mais, tout cela n’affectait en rien la bonne humeur et la gourmandise de Tina qui venait se repaître de ce monde qui se liquéfiait sous ses yeux.

(à suivre)

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